09 / 04 / 2021

Basiques nous sommes. On fait du triathlon car on sait compter jusqu’à trois. Ce sport exceptionnel consiste effectivement à s’épuiser au cours de trois épreuves. Avec les confinements successifs et les fermetures manu militari des piscines, le bout de saison annoncé verra la plupart des triathlètes prendre le départ de courses sans avoir mis un seul orteil dans un bassin chloré.  Bon, et alors, un triathlon sans s’être entrainé en natation, ça peut ressembler à quoi ? Un duathlon : vélo et course à pied ? Même pas, le duathlon c’est : de la course à pied, du vélo, et de nouveau du running pour achever les chevaux. Du biathlon ? Non plus. Pour revendiquer cette appellation, il faut s’appeler Martin, glisser dans de grandes forêts avec de la neige, des skis de fond et un fusil de chasse dans le dos qui fait mal à l’ensemble des 12 vertèbres thoraciques. 

NATATION-VÉLO-COURSE À PIED. MÊME PAS PEUR.

La saison triathlon va donc se jouer avec toutes les cartes mais… redistribuées ? C’est-à-dire ? Comme nous sommes joueurs, on ne va rien changer et l’on va faire comme d’habitude, comme si de rien n’était : natation-vélo-course à pied. Même pas peur. Quelques esprits alertes (ceux qui suivent au premier rang) peuvent rétorquer que les triathlètes peuvent très bien s’entrainer en eau libre. Certes, mais en hiver, il faut avoir du sang de phoque ou une intraveineuse de gnole (les deux n’étant pas incompatibles) pour faire trempette. Certains français n’ayant pas de pétrole mais beaucoup d’idées (à la con), ont bien amusé la galerie digitale en publiant des vidéos qui auraient largement leur place dans Vidéo Gags : des types en combinaison/bonnet de bain, allongés sur un tabouret mimant un entrainement natation, élastiques aux bras pour simuler la résistance à l’eau. Connerie virtuelle ou simplement envie de bien faire, en tout cas, quand les entraineurs ont visionné ces images insoutenables, ils se sont glissé des suppositoires piégés. Pour que le scénario soit plus crédible, certains demandaient à leur compagne de jeter des cuvettes d’eau. On croira à l’efficacité de cette préparation quand l’übermensch en mousse de pullbuoy aura aussi des verrues plantaires (un bonus généralement livré avec le ticket d’entrée du bassin municipal). 

UNE HISTOIRE PAS TRÈS CLEAN EN UN MOT : NOYADE

Bref, se lancer dans un Ironman sans avoir nagé, c’est, comme disait mon ami Alain B dans « Vertige de l’amour », : le cochonnet sans les boules, ou le cochonnet qui a les boules, bref, on ne sait plus trop dans quel sens prendre cette histoire pas très clean. Les conséquences de ne pas avoir pratiqué assidument du rattrapé, de l’hypoxie 3/6/9, du gainage avec le retour aérien du coude relâché ? Ça tient en un mot : la noyade. Couler sa bielle en vélo ou en course à pied, soit ; on se couche dans le talus et on attend Raymond le secouriste (Adriana est en congés ce week-end). Mais au milieu du plan d’eau, si on coule sa bielle ? On coule… tout court. Les poissons sont contents, ils vont voir du monde. Donc en attendant les noyades annoncées, les organisateurs de triathlons ont déjà commandé des conteneurs de bouées de sauvetage à la SNSM qui, heureusement, avait un surplus qui trainait. Ils ont fait aussi un large recrutement de Pamelas Anderson (Bay Watch) en prévision des nombreux bouche-à-bouche intensifs de cet été. 

CHAQUE ANNÉE, 1000 PERSONNES SE NOIENT EN FRANCE

On croise bien entendu les doigts pour que ce scénario foireux ne se déroule pas comme annoncé dans ce foutu papier. Mais la responsabilité d’éventuels futurs accidents appartiendra aux décideurs, ceux de Paris, les gros cerveaux en blouses blanches ou sortis de l’ENA qui ont confiné, interdit, claquemuré, vidé les piscines sans discernement : la grande vidange. Le cas des triathlètes pris comme des lapins dans des phares de bagnole n’est peut-être pas si grave que cela (ce n’est que du sport). Mais quid des 800 000 jeunes qui n’ont pas eu accès à des cours de natation (1). Chaque année, 1000 personnes se noient en France. Une certaine Roxanna Maracineanu, s’en est même émue dans la presse. Lâcher une larmichette ou retrousser ses manches pour faire changer les choses, la ministre déléguée chargée des sports ne semble pas faire la différence, c’est conforme au nouvel art de faire de la politique : multipliez les effets d’annonce, on verra bien s’il en reste quelque chose. Nous, on appelle ça, noyer le poisson. Pourtant, Roxa devrait être sensible aux pataugeoires, elle qui a ramené une médaille des JO… en natation. Si elle avait été championne du monde Fortnite, on l’aurait presque excusée, mais là… 

ON VA FLOTTER COMME DES CAISSES À OUTILS

« Quand un gouvernement raisonnablement coupable s’en prend à un peuple innocent », la phrase est de François Sureau de l’Académie Française, on doit malheureusement faire avec et s’adapter. Car « on ne peut pas remettre le dentifrice dans le tube », la phrase est de mon pote Kévin, de l’académie de triathlon, un cerveau. Ne pouvant donc pas rejouer la partie, remplir nos piscines à ras bord comme les américains avec les verres de pinard, faire des moulinets de bras sur la berge des bassins, ajuster nos lunettes qui gobent nos yeux… on va essayer de survivre à cette saison de triathlon très particulière où l’on va flotter comme des caisses à outils. Nous sommes habitués à l’abnégation, n’avons-nous pas rendu très « classe » un sport où l’on pédale et court en slip de bain ? 

Par Franck Oddoux

Prendre le départ de courses sans avoir mis un seul orteil dans un bassin chloré ?

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