27 / 11 / 2020

« Écoute Bernard, je crois que toi et moi, on a un peu le même problème, on ne peut pas tout miser sur notre physique… oublie que tu n’as aucune chance, vas-y fonce, on ne sait jamais, sur un malentendu… ça peut marcher… » (1). Certains lisent l’intégrale de Marguerite Yourcenar ou le « Capital au XXIe siècle » de Thomas Piketty (un mœllon qui sert le plus souvent à caler les veilles armoires normandes bancales), nous, dans nos vallées glaciales, notre monument culturel est tiré d’une vieille cassette VHS : Les Bronzés font du ski.

VU QUE SKIER EST DEVENU DÉLICTUEUX, ON PROPOSE UNE ACTION FORTE…

Après tout, quand on voit qu’une Aya Nakamura (2) a été érigée en ambassadrice de la langue française par le parti au gouvernement, on est en droit de s’étouffer avec notre soupe aux glands. Donc, tous les espoirs sont permis, notre pote, Raoul, qui officie comme bouilleur de cru du côté de la Clusaz a toutes les chances d’entrer à l’Académie Française. 

Revenons à nos spatules qui rouillent dans les racks à skis : « on ne sait jamais, sur un malentendu… ça peut marcher… »(3). Vu que skier est devenu délictueux, ce qui est totalement compréhensible vu que nous sommes peu fréquentables et inscrits au fichier S, S comme skieur (qui répertorie tous les dangereux bipèdes, ceux au-dessus de la troisième étoile), on propose une action forte. 

L’ÉRECTION D’UNE MONTAGNE DE SKIS, UN AGIT PROP MONTAGNARD

Loin de nous de promouvoir une quelconque manifestation pour défendre des droits jugés indus en haut lieu… Non, non, on propose juste un petit geste pour la planète, un immense recyclage, nettoyage, une braderie de bandits : l’érection d’une montagne de skis. Que chaque glisseur récupère la brassée de vieux skis qui moisissent au fond du garage dans l’espoir de faire un jour une déco hype (mais pourrie) sur la cheminée, mais aussi de vieilles pompes de ski, des snowboards, skwal, monoskis, skis de fond (raquettes à neige pour renvoyer les LBD aux CRS)… On prend le train vu que c’est autorisé au même titre que les centres commerciaux, les messes et autres lieux où il a été décidé que la Covid n’existe pas… on monte à Paris avec nos gros sabots et on fait un gros paquet cadeau balancé sur le trottoir de nos amis technocrates qui ont décidé de fermer les stations. Ils pourront même prendre « une leçon particulière avec Anne Laurencin », « une journée entière, c’est comme ça que l’on progresse » (4). Car notre chef d’état, on l’a bien vu sur les photos de son séjour sur les pistes pyrénéennes, manque de dissociation des pieds, d’appui languette et d’anticipation du buste vers l’aval. « Flexion, piqué du bâton, extension… monsieur Dusse » (5). S’il veut prendre le départ du Kandahar de Garmisch-Partenkirchen, vu qu’il semble très proche d’Angela quand il s’agit de passer les stations au lance-flamme (référence au précédent papier de LTW), il va falloir qu’il révise son mémento de skieur. Et mollo sur le Glühwein… 

QUAND LE POUVOIR EST SOURD… IL FAUT LUI CRIER DANS LE SONOTONE

Notre action parisienne s’appelle de l’agit prop montagnard. On ne se fatiguera même pas à se déguiser en Popeye et JC Dusse, on a tellement été traités comme des ploucs des alpages que sans doute, on doit en avoir le look. Le côté positif ? On va faire carton plein dans la capitale avec nos trognes du terroir, un genre de salon de l’agriculture mais animé : les enfants qui n’ont jamais vu de cochons en vrai vont adorer. N’oublions pas nos skis, nos chaussures 3 ou 4 crochets (les SX 92 équipe sont aussi acceptées), et non, Marcel, tu ne seras pas autorisé à balancer un bidon d’essence sur l’immense montagne que l’on va ériger, même si ça ressemble à un bonfire. Notre action sera quand même plus classe que des hectolitres de lisier, nectar de toute façon trop difficile à trimballer dans le train en jerricans de 20 litres. Question ? Sera-t-on autorisés à sortir de nos réserves d’indiens pour monter à Paname ? En effet, au rythme des décisions intelligentes des énarques, on va bientôt être classés au Patrimoine Immatériel de l’Humanité. Ils l’avaient bien dit dans les Bronzés, notre bible prémonitoire : « Moi j’ai acheté cet appartement du 15 au 30, si tout le monde dépasse d’une demi-journée, qu’est ce qui se passe ? L’année prochaine, je skie en juillet ! ». Ou pas… On aura peut-être, d’ici là, été rayés de la carte. On s’organise ou on se laisse retourner comme des peaux de lapins ? Quand on n’a pas l’oreille du pouvoir… il faut lui crier dans le sonotone. 

Par Franck Oddoux

On se laisse retourner comme des peaux de lapins ?

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