23 / 02 / 2021

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Aphorismes en stock

Le petit bouquin pèse 82 grammes (avec le bouquet de post-it d’après lecture) sur notre balance : format refuge de montagne ? Une légèreté qui masque la densité des mots. C’est simple, tout y est dans ce livret : Cédric Sapin-Defour a réussi à faire entrer les peaux, les skis, le sac, les histoires, les sensations et surtout le bonhomme, homme montant/glissant qui gamberge. Le texte est écrit quasiment d’un jet, sans intertitres. Il ne se lit pas franchement d’une traite car il est riche et ce serait dommage de na pas déguster correctement les multiples passages lumineux. C’est le type de bouquin où l’on s’arrête à chaque page pour noter l’un des aphorismes que l’on a envie de graver immédiatement sur ses spatules. En gros, il a couché sur le papier, avec talent, tout ce que le skieur randonneur a ressenti depuis sa première paire de peaux de phoques. Un exemple ? Le petit coup de griffes sur la digitalisation de nos sorties via GPS et autres applications (page 26) : « Elles nos disent un peu trop quoi faire (…). Il nous devient difficile d’offrir des interstices à l’indécision et sans elle meurt l’imagination (…) En ski comme ailleurs, les beautés reposent dans le clair-obscur ». 

Ici, le seul responsable, c’est moi

Un autre passage ? Celui portant sur la décision (page 62)… « En montagne, il faut savoir aller vite sans omettre de faire le point. Décider, c’est accepter de s’être trompé dix minutes avant, c’est avancer sur ce fin ruban entre convictions et certitudes ; ne pas assez croire aux premières ou trop aux secondes, voilà le terreau des accidents (…) On crève d’une société décidant pour nous à tout bout de champ, on en crève car l’on s’y fait. Ici, le seul responsable, c’est moi. » Un (avant) dernier (page 67) pour la route que l’on adore, sinon on va finir par devoir payer d’exorbitants droits d’auteur ! On connait tous ce genre de gars qui sont passés entre les gouttes, miraculés permanents : « … ne jamais mourir ne signifie pas que l’on ait eu raison : il est des skieurs dont la carrière n’a été qu’un chapelet de barakas et de fausses certitudes ». 

Skieurs randonneurs, notre avis sur ce petit livre ? Il devrait être livré avec la trilogie DVA, pelle, sonde. Une dernière petite phrase piquée page 47 : « Comme par hasard, au retour des sorties au grand air, nous trouvons des bribes de réponses à ces fichues questions que charrie l’existence ».

Titre : L'art de la trace. Petits détours sur le ski de randonnée et les neiges d'altitude.

Auteur : Cédric Sapin-Defour.

Prix : 8 euros.

16

Les questions légitimes des risques et de la mort, ne sont pas éludées

L’idée de ce livre peut sembler saugrenue et pourtant…

En effet, pourquoi s’intéresser aux Saints quand on veut en savoir plus sur le Bon Dieu ? Celui qui prend la lumière, c'est Alex Honnold et pas sa mère. Pourquoi lire l’histoire d’une dame de soixante-six ans, certes, très respectable, alors que l’on a envie de tout savoir sur l’or que tisse son fils au bout des doigts ? Un fiston qui a bousculé le monde de l’escalade libre avec son art du solo intégral : dans le parc national du Yosemite avec le mythique El Capitan, le Half Dome… 

Et pourtant… Ce livre est passionnant à plus d’un titre. Raconté à la première personne par Dierdre (marrant, à une lettre près, son prénom se transforme en : dièdre), cette biographie permet à la fois de comprendre d’où vient Alex, de quoi il s’est nourri pour grimper sans protections, et aussi d’assister au rapprochement des deux univers, de la mère et du fils : comment Dierdre, à la suite d’une rupture familiale fait le chemin pour découvrir et comprendre la passion du fiston super star. Elle se met à l’escalade, elle raconte les difficiles étapes de la redécouverte des capacités de son corps, la force insoupçonnée de son esprit. Peu à peu, elle voit en action le don de son fils. Les questions légitimes des risques et de la mort, à défaut d’être débattues, ne sont pas éludées. 

Ce livre est le récit d’une catharsis vitale

Le parallèle entre l’expertise décontractée (en apparence) de son fils et les efforts inconsidérés de la mère pour côtoyer la verticalité sont finement racontés. Dierdre est professeur, elle jongle avec les mots, son écriture est fluide, vivace, sans détours envers elle-même et son ex-mari que l’on qualifiera d’autiste empêcheur. On comprend mieux l’origine d’un garçon comme Alex qui n’aurait sans doute jamais connu un tel sang-froid face au vide sans l’histoire familiale. Ce livre est le récit d’un dépassement, d’une catharsis vitale. On a passé un vrai bon moment dans ces pages.  

Titre : Toujours y croire, la mère d’Alex Honnold raconte

Auteur : Dierdre Wolownick

Prix : 22 euros

15

L’histoire vraie du drame du Frêney

Dans son précédent livre, « Pendant que les champs brûlent », Virginie Troussier nous donnait à ressentir l’intensité de la vie qui s’écoule en nous de paysages en voyages... Avec son nouveau manuscrit, « Au milieu de l’été, un invincible hiver », histoire vraie du drame du Frêney qui endeuilla l’alpinisme au début des années 60, elle continue ce récit sur la connaissance de soi confrontée à la force des éléments, leurs beautés et/ou leurs violences.  D’une écriture dense, fluide, poétique, toute en sensation, où la lumière des êtres s’oppose à la noirceur du drame, elle nous parle, dans l’épopée d’une poignée d’alpinistes pris dans les mailles de leurs destins verticaux, de l’universalité de l’aventure humaine. 

Une épopée en forme de tragédie grecque, où les lieux ne sont que supports, décors majestueux et démesurés, qui encerclent la ligne de vie verticale que constitue une voie d’alpinisme. Pendant six nuits et sept jours on plonge dans les profondeurs de la nature humaine quand elle se confronte à ses limites, poussée par une nature hostile. Le titre résume à lui seul le livre, sorte de micro-nouvelle à la Hemingway, et contient déjà les tenants et les aboutissants, la cause et les effets, la joie et le drame, le jour et la nuit. Le pitch : à l’été 1961, le monde de l’alpinisme extrême lorgne avec envie la face sud du Mont-Blanc où le Pilier central du Frêney constitue l’un des derniers défis de cette face. 

Réunis par le hasard, ou les dieux…

Une ligne vierge comme en rêvent les alpinistes. Une voie extrême techniquement et qui projette son granit compact à plus de 4000 m. L’accès pour atteindre l’attaque constitue déjà une course en elle-même. L’engagement est total, la montagne gigantesque et, ici encore plus qu’ailleurs, la météo capricieuse est la clé de voûte de l’entreprise. Dans ce monde de roc et de glace, l’homme n’est que poussière. En ce début juillet une fenêtre météo offre la tentation à deux groupes qui décident de tenter l’aventure sur le Frêney : des Italiens au départ de Courmayeur, et des français qui montent de Chamonix. Et c’est ainsi que réunis par le hasard, ou les dieux, se retrouvent au refuge de la Fourche l’immense Walter Bonatti, accompagné de Roberto Gallieni et Andrea Oggioni, et le talentueux Pierre Mazeaud avec sa bande de copains, Pierre Kohlmann, Antoine Vieille et Robert Guillaume. Cette rencontre dans ce refuge perdu loin du monde constitue la première scène du premier acte, une scène de joie où l’amitié est reine, où ces sept alpinistes qui sont parmi les meilleurs de leur génération sont aussi et surtout des gentlemen, des vrais ! « Bonatti invite les français à maintenir leur objectif, lui fera une autre course », les français touchés par l’élégance du geste de Bonatti proposent qu’ils fassent cordée ensemble… Ils partiront à l’assaut tous attachés à la même corde. Le décor est posé, les acteurs sont en place. A partir de là Virginie nous entraîne dans un voyage au bout de l’enfer où les sept protagonistes encordés à un destin commun vont être ballotés tels des fétus de paille dans une tempête dantesque. 

L’écriture se dédouane de tout récit technique, l’alpinisme n’est pas le sujet…

L’auteure avec talent ne fait pas que raconter. Elle met en musique les paroles qu’elle a recueillies de Pierre Mazeaud, les textes de Bonatti… On ne lit pas, on ne lit plus, on vit l’action. Le récit nous immerge dans la tempête, dans l’angoisse, dans la peur, dans l’espoir, dans la tempête encore, dans cette aventure claustrophobe où les héros sont prisonniers d’une ligne verticale, écrasés par un paysage infini à l’horizon bouché. Les inlassables coups de semonce de l’orage nous font sursauter, le blizzard nous fend le visage, le froid engourdit nos doigts, nos pieds… La descente est interminable… On vit chaque rappel, chacun comme une souffrance et un pas vers la délivrance. Le sort s’acharne. Y a-t-il une fin ? L’écriture de Virginie se dédouane de tout récit technique, pas de cotation, quelques pitons, quelques cordes, un marteau par ici, une corde et des crampons par-là, l’alpinisme n’est pas le sujet, le sujet de cette Odyssée c’est l’Homme, des hommes, projetés face à eux-mêmes, pleins de leur force et de leur faiblesse, par des éléments déchaînés. La richesse de l’écriture de Virginie nous donne une vision intérieure. Nous ne sommes pas spectateurs de l’action, mais témoins. Témoins de la souffrance et du courage, de l’incroyable volonté de survie qui résiste encore et encore, mais qui inexorablement se consume lentement comme une bougie à la flamme vacillante dans un courant d’air. Témoins impuissants de ces secondes sans fin qui écraseront de leurs masses abstraites ces sept jours de dérive. 

Une pépite qui mérite sa place dans votre bibliothèque

Quatre des sept alpinistes ne rentreront jamais dans la vallée, morts d’épuisement, les derniers à portée de main des sauveteurs. Ce drame rentrera dans la mythologie de l’alpinisme. Pour les survivants la vie sera bouleversée à toujours. Virginie fait dire à Walter Bonatti : « Là-haut, en orbite, on prend la lumière autrement » … Oui ! car fondamentalement, finalement, de retour dans la vallée on se rend compte que ce livre parle en fait de lumières, celle de l’amitié, de la passion, de la Nature grandiose des paysages de haute montagne, et celle qui brille dans le cœur des hommes quand la pénombre voile leurs regards. 

On dévore le livre de Virginie même si l’on n’a aucun atome crochu avec l’alpinisme.  Une pépite qui méritera sa place dans votre bibliothèque aux côtés des classiques de la littérature alpine. Alors, avant d’attaquer le Frêney, allumez un bon feu dans votre cheminée, engouffrez-vous dans votre doudoune, enfilez votre bonnet et vos gants de laine... Vous allez avoir « frais ». Et pour accompagner votre premier bivouac sur le pilier du Frêney, ce petit extrait : « La nuit est une étendue infinie de noir, piquée de clous d’or et de reflets bleus d’été, les couleurs remontent comme un éternel chuchotement ». Belle lecture...

Fernando Ferreira

Titre : Au milieu de l’été, un invincible hiver

Auteur : Virginie Troussier

Prix : 19,90

14

Gabriel Garcia Marquez à l’écriture…

Les coureurs cyclistes colombiens, Nairo Quintana, Egan Bernal pour ne citer qu’eux, vénèrent leur premier grand champion de la discipline : Ramon Hoyos. Son parcours, des faubourgs de Medellin à la gloire internationale, est raconté par Gabriel Garcia Marquez, lui-même, prix Nobel de littérature. Pourtant, pas d’effet de style dans ce récit, juste les mots du champion qui roulait sur son vélo, le dos courbé, d’où son surnom, El Escarabajo : le scarabée. 

Avec ses cinq victoires sur le Tour de Colombie, Ramon Hoyos est un monument du cyclisme. Pourtant, ses débuts ne laissaient pas présager de tels succès. Le style journalistique de Gabriel Garcia Marquez décrit un jeune homme qui était originellement plus passionné par le métier de boucher que par le vélo, un sport quasi inaccessible à l’époque, vu le prix des deux roues… C’est parce qu’il voulait être livreur qu’il s’est mis à la bicyclette. Il roule alors à tombeau ouvert pour gagner plus rapidement quelques pièces et aussi, pour revenir plus vite à la boucherie dont il assure les livraisons de viande. Sa vitesse lui permet d’assister au magasin à sa leçon quotidienne de découpe de quartiers de bœuf : « c’est comme ça que je suis devenu meilleur cycliste alors que je pensais progresser comme boucher ». 

Ramon Hoyos s’entrainait à Medellin en fumant des clopes

« Le triple champion dévoile ses secrets » raconte une époque où Ramon Hoyos s’entrainait à Medellin en fumant des clopes, parfois huit sur une sortie. Si, au bord de la route, il y avait une fête, les coureurs s’y mêlaient en buvant des gorgées d’aguardiente (eau de vie). Ce sont les années épiques où rouler est une aventure, où les vélos se volent, où Ramon Hoyos est reçu à coups de bâtons à l’arrivée de son cinquième Tour de Colombie à Bogota, où le public le frappe de l’entrée de la ville jusqu’au vélodrome ! Il n’est, en effet, pas originaire de Bogota. Sur une édition, ce ne sont pas moins de quatre motards, revolvers à la main qui l’escortent ; peine perdue, il est accueilli par des jets de pierres, des épluchures, une pluie de coups et son premier vélo de course est dérobé. 

Titre : Le triple champion dévoile ses secrets

Auteur : Gabriel Garcia Marquez

Prix : 17,90 euros

13

Un petit bouquin qui sent le vécu

Valtrés se frotte à un genre, celui du sportif embeded dans une belle galère, celle de la préparation et la participation à l’Embrunman. Un Ironman plutôt costaud car il présente quasiment cinq mille mètres de dénivelé en plus des 3,8 kms de natation, 170 de vélo et des 42 kms du marathon. 

Il s’agit d’un petit bouquin qui sent le vécu, avec une trame désormais classique type Rambo : la préparation d’un sportif lambda qui doit devenir super héros pour survivre au rite de passage du triathlon XXL. Décision de la participation, achat du matériel, tensions dans le couple, blessure, regard des autres, désocialisation sous l’effet de l’entrainement, question du sens d’une telle entreprise, tentation d’abandon, acmé de l’épreuve et de la ligne d’arrivée… 

Chaque sportif s’étant lancé dans une course d’envergure se reconnaitra dans les mots de Valtrés. Ce n’est pas de la grande littérature mais les 110 pages se lisent facilement. Personnellement, étant passé deux fois par la case « Embrunman » et s’étant frotté à l’écriture d’un premier récit et d’un deuxième, j'avais opté pour la franche déconnade. Valtrés a tranché pour un ton plus académique. On sourit parfois à son récit qui reste très réaliste. 

Titre : Un triathlon mais à quel prix ?

Auteur : Valtrés

Prix : 7 euros

12

Au fil des jours, la paranoïa s’installe…

Quand on voit la tête du dirigeant du pays, on se doute que les autorités de Corée du Nord n’ont pas le sens de l’humour, à fortiori lorsque l’on est journaliste et que l’on vient courir le marathon surréaliste de Pyongyang, la ville que l’on a l’habitude de décrire comme la plus fermée du monde. 

Marc Nexon est en quelque sorte infiltré dans le pays du terrible Kim Jong-un. Il est passé par une agence qui organise ce marathon unique. La course à pied est un prétexte pour palper la réalité d’une société hyper contrôlée. Au fil des jours, la paranoïa s’installe. La peur d’être découvert en tant que journaliste est alimentée par l’atmosphère plus qu’étrange de la dictature. Les immenses boulevards de la capitale sont déserts, les façades sont de simples décors, les rares habitants croisés ont des comportements étranges, les uniformes sont omniprésents ainsi que le culte de la personnalité du grand leader. Les coureurs sont cornaqués par des accompagnants qui semblent tous s’appeler « Kim », une équipe ne les lâche pas d’une semelle où qu’ils aillent. La méfiance, la suspicion s’installent. Tout semble faux dans ce pays, aucune prise sur le réel.

Quinze ans de travaux forcés pour une affiche volée

En 2016, un jeune américain, Otto Warmbier venu visiter le pays, comme Marc Nexon, prend quinze ans de travaux forcés pour avoir volé une affiche dans le hall de son hôtel. Torturé, il tombe dans le coma avant d’être rapatrié aux USA pour y mourir six jours plus tard, à l’âge de vingt-deux ans. 

Le marathon de Marc Nexon est une course dans un monde de fantômes où chaque foulée est sous contrôle. Il découvre le pays comme lorsque l’on regarde par un hublot, seule une fraction de réalité (on ne parle plus de vérité) se dévoile. Un livre étrange… comme la Corée du Nord. 

Titre : La Traversée De Pyongyang

Auteur : Marc Nexon

Prix : 17 euros

11

Le journal d’un homme qui est en train de perdre la mémoire…

Lire L’alpiniste errant, c’est un peu désarçonnant. Extérieurement, le bouquin ne présente aucun signe distinctif : on sait juste en s’en emparant qu’on va en prendre pour plus de 200 pages de randonnées alpestres, d’escalade, d’alpinisme, d’errances physiques et spirituelles. Du classique de la littérature de montagne quoi, écrit par un gars qui en a arpenté un paquet, de montagnes, et pour cause : Fernando Ferreira accuse plus de 35 ans d’alpinisme, et n’a ni sa plume ni son œil dans sa poche. Auteur de livres, d’articles, de topo guides, d’ouvrages photographiques, l’homme est empli de montagne jusqu’à ras-bord.

Mais juger sur l’emballage serait une grossière erreur, et on le comprend vite en lisant les premières pages, notamment cette introduction présentée comme la préface de l’éditeur : « Ce manuscrit est la retranscription intégrale de deux carnets Moleskine retrouvés fin mai 2016 en Corse. […] Abîmées par l’humidité, beaucoup de pages étaient illisibles, complètement ou partiellement. [...] L’intégralité des textes restaurés est reproduite dans ce livre, sans retouche, ni correction. »

La verticalité (avec les falaises), l’horizontalité (avec les femmes)

Et là, en tournant les premières pages et en lisant le début du premier carnet, on se rend compte qu’on vient d’embarquer pour un drôle de voyage. Car effectivement, ce texte qui va nous accompagner – à moins que ce ne soit nous qui l’accompagnions ? – pendant quelques heures est un texte à trous. Des mots, des phrases, des paragraphes manquent à l’appel, et peuvent nous laisser en plan au beau milieu d’une tirade. C’est spécial, étrange, déstabilisant. Certains diront que c’est dommage. Mais c’est parce qu’ils n’ont rien compris.

L’alpiniste errant, c’est la retranscription d’un journal intime sur une période de trois mois, le journal d’un homme qui est en train de perdre la mémoire. Son cerveau est touché par une saloperie qui efface petit à petit des pans entiers de ce qu’il a vécu. Et peut-être pour vivre une dernière fois avant de se perdre totalement, il erre dans les montagnes corses, et se perd physiquement pour mieux se retrouver mentalement – à moins que ce ne soit pour se perdre physiquement avant de se perdre mentalement ?

C’est voyager dans une Corse hivernale hostile…

Toujours est-il que pendant cette errance, il écrit, chaque jour. Le narrateur retranscrit ses journées, pourries la plupart du temps, avec de ci de là une fulgurance – comme dans la vraie vie quoi –, et il revit aussi ses escapades alpinistiques, charnelles et amoureuses ; il revit, en fait, ce qui l’a motivé dans la vie pendant tant d’années : la verticalité (avec les falaises), l’horizontalité (avec les femmes), et l’infini (avec LA femme).

Lire L’alpiniste errant, c’est voyager. Voyager dans une Corse hivernale hostile, où il est possible de mourir à 5 km d’une route, voyager dans le monde de l’alpinisme, avec ses batailles, ses rituels, son esbrouffe, sa pureté aussi, voyager dans les brumes de l’amour, l’amour physique, celui qui fait du bruit, qui sent, qui transpire, mais aussi l’amour absolu, celui que beaucoup ne font qu’effleurer et que seulement quelques élus ont la chance de vivre à bras le corps, pour un temps… car rien ne dure éternellement.

Ce livre est une pierre brute

Lire L’alpiniste errant, ce n’est pas prendre un grand bol d’air pur, s’enivrer de montagnes vierges, d’arêtes effilées et de bivouacs avec vue (sur quoi ?). Non, lire L’alpiniste errant, c’est finalement se plonger dans ses propres souvenirs, les confronter à ceux du narrateur, combler les vides, les manques, essayer de se souvenir, soi-même, de ses expériences, de cette première fois, de la fois la plus intense, de cette impression de vivre pleinement qu’on a pu éprouver suspendu dans le vide, juste retenu par cinq doigts, ou en bout de course d’une glissade, à deux centimètres de la bascule vers une barre rocheuse, ou au bord de l’apoplexie, à deux doigts de la jouissance imbriqué à l’amour de sa vie. Et combien de fois, au juste, ai-je fait l’amour dans ma vie ? Et l’Amour ?

Oui, lire L’alpiniste errant, c’est voyager entre le rire et le vague à l’âme, entre l’espoir et la résignation ; c’est un voyage souvent plaisant, parfois frustrant, mais tellement vrai, sans filtre, sans cette couche, ce vernis de romance, de bienséance, de bien-pensance que l’on trouve généralement dans les récits illustres de conquêtes sportives. Ce livre est une pierre brute, il en revient à chacun de la tailler comme il le souhaite : les superficiels n’y verront qu’un récit d’aventure de plus, mais avec des trous, les fouineurs l’utiliseront pour combler leurs propres vides…

Et finalement, une fois la lecture décantée, la question que l’on se posera, c’est « Qui se souviendra                                                                                                                             

                         envies, de ces espoirs,

         passage                                                 l’auteur, Fernando Ferreira

                               vivons, aimons, jouissons

                                                                                                   trop tard.

Emmanuel Lamarle

Titre : L’alpiniste errant, journal aux pages manquantes

Auteur : Fernando Ferreira

Prix : 9,90 euros

10

Le parcours trash d’une icône sportive

Matti Nykänen, son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, c’était pourtant la super star des sportifs finlandais. Matti ne s’est pas contenté de tout gagner en saut à ski, il a marqué son époque par ses frasques et son caractère insaisissable. L’histoire retient ses quatre titres olympiques, victoires à la tournée des Quatre Tremplins, coupes du monde mais aussi ses démêlées avec la justice : violences, agressions sur ses cinq femmes… Matti était le genre de génie en l’air, déséquilibré au sol qui prenait l’avion pour une coupe du monde en oubliant ses skis, se réveillait au Japon dans un avion complètement saoul sans savoir où il se trouvait… Sa fin de carrière, jusqu’à sa mort en 2019 est une descente inexorable vers la tragédie. Il fait plusieurs séjours en prison malgré une relative mansuétude de la justice finlandaise qui ne peut qu’incarcérer le héros national devant ses délits répétés. Il est devenu plus taulard qu’aigle des tremplins. Il fait ses derniers sauts en 2012. Il aura eu le temps de dilapider tous ses gains, de faire faillite plusieurs fois, de s’accoquiner avec des conseillers plus ou moins interlopes, de descendre des hectolitres d’alcool, de lancer plusieurs albums de variété risibles et de faire des concerts alors qu’il chantait comme une crécelle, il fera même serveur dans un restaurant, barman et strip teaser. « Le Mauvais génie » raconte ce vol plané, avec une fin inévitable. Ce gâchis est écrit de manière chirurgicale, factuelle. On aurait aimé parfois plus d’empathie vis-à-vis du personnage. Un petit livre sur le parcours trash d’une icône sportive. 

Titre : Le Mauvais génie (une Vie de Matti Nykänen)

Auteur : Alain Freudiger

Prix : 14 euros

09 

Des russes, des poursuivants, des bons et quelques truands

Les deux lascars auteurs nous font courir autour du Mont Blanc, après un MacGuffin : la partition originale d’une symphonie de Rachmaninov, disparue puis réapparue suite au crash d’un avion. L’intrigue prend corps, avec des russes, des poursuivants, des bons et quelques truands qui ont peu de dégaine en montagne mais qui n’hésitent pas à dégainer… justement. On a été pris par cette histoire de bandits en crampons, presque un Tarantino chamoniard : l’hémoglobine sur la neige, ça se voit mieux. L’histoire est menée comme un direct du gauche : pas de lyrisme montagnard (que la montagne est belle) ni de poncifs (Chamonix centre de l’univers). L’écriture est vive, légère, efficace, pointue et coupante comme une lame de piolet fichée dans une poitrine. On soupçonne les deux auteurs d’infuser de l’ironie dans ce récit d’action, de suspens où la montagne n’est pas qu’une toile de fond : c’est un personnage à part entière qui révèle les actions nécessaires et les risques encourus quand on ose se frotter aux hauteurs : mouflages, crampons, guides qui font la vaisselle, chutes de pierres, rimaye vorace et cordes peu tendues…

Les poulets roulent en Duster vêtus de pantalons trop courts

Ces pages ne pouvaient qu’être écrites par des gars qui ont usé leurs Vibram dans Cham (pas Chamonix) et sur les cimes. Mais il ne suffit pas de seulement déambuler pour être écrivains (s), il faut avoir l’œil (les 2) et poser un regard sur le microcosme CHX. On a aimé les poulets qui roulent en Duster vêtus de pantalons trop courts, le guide suisse Mammut qui en prend plein la poire (coup bas), des russes marinés à la vodka, des italiens qui caressent le revers de leurs vestes, un maire de Saint Gervais soupçonné d’être réac (toute ressemblance…), une moquerie de la médaille de guide, le Saint Graal… tout ça, sent bon l’impertinence. Ce petit bouquin est un bonheur, comme la bière fraiche descendue à une terrasse après des acrobaties sur une arête. 

Une vraie histoire sans rupture de style

Les deux larrons, Hervé Bodeau & Cédric Sapin-Defour se sont prêtés à l’exercice du « cadavre exquis ». Un truc un peu louche qui a consisté à ce qu’un auteur écrive un chapitre et que l’autre imagine la suite en découvrant la progression de l’intrigue. Le tout constitue une vraie histoire sans rupture de style. On vous le dit, les deux auteurs ont certainement payé un ghostwriter pour commettre « Salade russe au Mont Blanc » alors qu’ils grimpaient tranquillement quelque part dans les hauteurs. Nous ne sommes pas dupes. 

Last but not least, on adore le format de ce petit livre, il se glisse dans n’importe quelle poche et se tient bien en main, bref, l’inverse d’un Kindle…

Titre : Salade russe au Mont Blanc

Auteur : Hervé Bodeau & Cédric Sapin-Defour

Prix : 12,90 euros

08

Une glisse pure, libre et joueuse : le monoski

Les plus jeunes ne connaissent sans doute pas son nom, comme celui de Régis Rolland d’ailleurs. Pourtant, Philippe Lecadre, comme son alter ego en snowboard, a incarné une glisse pure, libre et joueuse : le monoski. On hésite encore à parler de cette pratique au passé tant elle reste présente dans nos esprits via les sensations qu’elle nous a procurées. Ce livre retrace de manière personnelle l’histoire du mono, récit indissociable de la vie de Philippe. C’est l’époque où les glisseurs de Chamonix, des Grands, tracent dans la poudreuse, sans calculs.

Avec le snowboard, l’engin le plus esthétique en profonde…

Ce n’est pas qu’une histoire de lignes, c’est du style, de la légèreté, un art de la gravité qui fait, avec le snowboard, l’engin le plus esthétique en profonde. On entend déjà ricaner certains quand on va oser dire qu’avec la disparition du monoski, c’est un pan de la culture glisse qui s’en est allée… Ces supertramp, inadaptés à l’époque, étaient hors système, libres de leurs mouvements, de fédérations (presque…) et de compétitions qui ne pouvaient que les enfermer dans un carcan. Non, les monoskieurs c’était de haut en bas, pour le beau geste : « on dévalait les pentes comme des malades, les cuisses en feu. Il n’y avait plus que le monoski qui comptait, on s’en foutait du reste ». Ils auraient même apporté des couleurs à la neige avec leurs looks… Le récit est sincère, direct, attachant, avec quelques coups de griffes mérités, de l’humour, un peu de nostalgie parfois.

Le récit est sincère, direct, attachant

On croise dans ce livre les noms et les évènements qui ont fait les folles années 80/90 : le Derby des Grands Montets, Apocalypse Snow, Eric Saerens, Philou Azaïs, Pierre Poncet, Alain Revel, Cathy Breyton, Anne Gery, Gilles Szekely, Yves Bessas, Didier Lafond, Joel Gery disparu si tragiquement, Olivier Michaud, Patrick Edlinger (oui, il était monoskieur)… j’en oublie… C’était l’époque aussi de Vallençant, Patrick de Gaillardon, Gouvy, Tony Bernos… Il faut lire Skieurêveur pour se replonger dans ces années envolées. Des réminiscences hippies que le gourou Jeff Rubin (années 60) n’aurait pas reniées : « notre message est : ne grandissez pas. Grandir, c’est abandonner ses rêves. Nous sommes d’éternels adolescents ». Pour commander et acheter le livre, cliquer sur le lien ci-dessous. 

Skieurêveur

Titre : Skieurêveur

Auteur : Philippe Lecadre

Prix : 18,22

07

Un dépouillement salvateur

Afin d’être mordant (un peu), François Suchel n’aura pas le Pulitzer, c’est certain. Et pourtant, son livre est agréable à lire. Il n’y a pas d’effet de style mais le récit mérite que l’on s’y attarde : 2500 kilomètres de trail en Himalaya, seul, parfois avec sa compagne ou un ami. Dans cette histoire vécue, pas de lyrisme, un ton juste, une vraie ligne, de l’engagement (souvent), de la sobriété, du mollet (et du dos !). On aime aussi la démarche minimaliste : un seul T-shirt (il s’est débarrassé du deuxième en cours de route, trop lourd, superflu !), un sac de couchage, une veste, des bricoles, un sac pour fourrer le tout et des chaussures qui l’ont hissé au sommet des cols qui flirtent avec les 5000 mètres (le Bali Pass par exemple : 4960 m)… À l’heure où les sportifs emploient un fatras d’équipement, ce dépouillement semble salvateur et… courageux. Car c’est une chose que de lire son récit dans le confort de son salon, cela en est une autre que de s’imaginer marcher dans la neige, bivouaquer au dos d’un rocher dans le froid de l’altitude. On peut parler d’engagement dans ce trail, un terme qui ne sied pas aux courses formatées et organisées sous nos latitudes. Il faut voir François Suchel en photo, dans un bain public à Yamunotri : un corps émacié par les efforts et l’alimentation humble. L’auteur ne donne pas de leçons, juste l’envie aussi de partir côtoyer le grand air des cimes, de Dharamsala (Inde) à Katmandou (Népal), soit : 105 000 mètres de D+. 

Editions Glénat. Hommes et montagnes. 

Titre : Liberté, foulées, fraternité, 2500 km de trail en Himalaya.

Auteur : François Suchel.

Prix : 19,95 euros.

06

Quelle maestria ! Quelle imagination !

Voici un excellent livre pas loin d’être indispensable. Il s’agit d’un recueil de nouvelles, à la fois bizarres, parfois drôles, ciselées, souvent mâtinées de mélancolie comme le souligne lui-même le jeune auteur Tristan Garcia. Mais quelle maestria ! Quelle imagination, quel sens du détail et de la psychologie sportive… Avec des airs de ne pas y toucher, l’auteur nous raconte l’envers du décor, quand tout part à vau-l’eau, quand le doute pernicieux s’installe et grippe la belle machine du sportif… Chaque nouvelle aborde un sport et des pays différents. Les chutes peuvent être inattendues, surprenantes, cocasses ou dramatiques. La même question hante toutes ces histoires : la souffrance des corps dans le sport a-t-elle un sens ? Y a-t-il un salut si les efforts ne sont pas récompensés ? On saute d’une nouvelle à l’autre, un vrai régal. On découvre un KO vécu de l’intérieur par le boxeur Chuchu Fuentes : « juste avant que mon corps ne s’effondre sur le ring, une lumière, comme un court-circuit. (…) J’ai vu Dieu nu dans le noir ». Et l’histoire de César Léon, sympathique cycliste professionnel en proie à un manager d’équipe véreux : magouilles inventives, triches acrobatiques, sang et rebondissements à gogo ! On quitte ce livre à regret, mais on sait que Tristan Garcia propose là une version « élaguée » de nombreux textes écrits pour un ouvrage en devenir qui l’a dépassé (et qui n’a malheureusement pas vu le jour). On signe pour la suite…

Éditions Gallimard.

Titre : En l’absence de classement final.

Auteur : Tristan Garcia.

Prix : 17,90 euros.

05

Idéal pour s'endormir…

Avec ce petit ouvrage qui est en fait un regroupement d’une série d’entretiens réalisés à l’INSEP, le grand Edgar Morin déroule une série de poncifs qui pourraient prêter à sourire… quand ils n’attirent pas les bâillements. Heureusement, ce livre de cinquante-sept pages est d’une bienvenue brièveté. Ces dix euros d’investissement ne servent même pas à caler une armoire normande bancale. On est bien loin de l’auteur de la Méthode qui jonglait avec brio avec l’idée d’interdisciplinarité. On peut donc être amateur de football et passer totalement à côté du sujet sportif ou tenter un enfumage digne d’un sociologue à l’aura jusqu’à maintenant intouchée (intouchable ?). Le titre du lire reflète ce style gonflé de tautologies qui n’impressionne plus que dans certains salons de la gauche caviar. On lui laisse le mot de la fin, après, on le ramène à l’Ehpad : « le sport est un phénomène multidimensionnel, avec des aspects économiques, sociaux, psychologiques, ludiques, physiques… (…) Donc le sport, comme toute chose, mérite une pluralité de regards. » Une belle porte ouverte enfoncée, non ? 

Éditions : Cherche Midi.

Titre : Le sport porte en lui le tout de la société

Auteur : Edgar Morin

Prix : 10 euros.

04

Ouvrage choc sur le dopage dans le cyclisme

Il est presque de salubrité intellectuelle, voire publique, de se replonger de temps en temps dans des ouvrages fondateurs, histoire de ne pas oublier ce qu’on fait certains personnages, notamment dans le cyclisme. « La course secrète », appartient à cette famille restreinte et courageuse d’ouvrages chocs sur le dopage dans le cyclisme. On se souvient, bien entendu, de Massacre à la chaine de Willy Voet (1999, J’ai Lu), de L.A Confidentiel (David Walsh et Pierre Ballester, 2004, La Martinière), From Lance to Landis (David Walsh, 2007, Ballantine Books, Rouler plus vite que la mort (Philippe Brunel, 2018, Grasset)… Tous ces livres racontent la « glorieuse » période du dopage pratiqué en quasi impunité à partir de 1998. 

Un système, ou plutôt un engrenage…

La Course secrète est le témoignage incroyable et décoiffant de Tyler Hamilton, coureur professionnel qui livre au grand jour toutes les combines, tricheries auxquelles les coureurs se sont livrés en ces temps (avec cette question en filigrane : le dopage a-t-il aujourd’hui diminué ou a-t-il revêtu d’autres formes ?). La confession de Tyler Hamilton est terrible, elle décrit un système, ou plutôt un engrenage dans lequel le coureur professionnel est quasi obligé de mettre un doigt, un bras puis le cuissard entier pour finir avec son âme : une tragédie quasi faustienne. La description de cette descente aux enfers, de cet abime sans fond de solitude et de mensonges fait froid dans le dos. On finit par éprouver même de la compassion pour ces coureurs tous talentueux qui n’ont pas d’autre choix pour réussir et sortir du lot. Mais le tableau est horrible, le chemin semé de doubles voire triples vies où les poches de transfusion sanguines sont scotchées sur les vitres des bus des coureurs, où les doses d’EPO (appelées « Edgar », qui sonne comme Edgar Poe) sont planquées au fond de glacières ou acheminées par motard volant alors que les seringues sont broyées dans des cannettes de Coca et jetées bien loin des scènes de triche… 

Un personnage toxique, imbuvable et malhonnête…

Ce récit embeded est comme un polar noir, au fil des révélations, on attend le châtiment final, qui, dans le cas de l’US Postal et surtout de Lance Armstrong s’est fait attendre. Il a fallu que l’individu remporte sept tours de France, qu’il menace des coureurs, qu’il se livre à des filatures et du hacking d’ordinateur/téléphones, qu’il arrose de pots de vin l’UCI (qui l’avertissait des contrôles anti-dopage), qu’il balance aux contrôleurs de l’UCI son ancien équiper de l’US Postal au lendemain de sa victoire au Mont Ventoux, qu’il mette à mort le business de Greg Lemond (dont la marque de vélo était distribuée par Trek, le sponsor de Lance), qu’il mente avec un aplomb digne d’un arracheur de dents… La litanie des vilénies de Lance Armstrong est longue comme un péplum. On savait ce personnage éminemment toxique, imbuvable et malhonnête mais quand on lit La Course secrète, l’écœurement domine. Tyler Hamilton n’avait que deux options : s’enterrer dans le mensonge ou prendre la voie des aveux et de la rédemption. Ce livre passionnant raconte ce très long chemin. Des pages à dévorer pour ceux qui auraient loupé cet épisode peu glorieux du cyclisme. 

Titre : LA COURSE SECRÈTE

Auteur : Tyler Hamilton et Daniel Coyle

Prix : 20 euros

03

Sans dogme ni absolues certitudes scientifiques…

Ida Nilsson, Mimmi Kotka, Emilie Forsberg nous livrent un ouvrage très sympathique à plusieurs entrées : par saisons, par courses, ou par recettes. Car ces trois filles, appartenant à l’élite de la course à pied dévoilent leurs habitudes alimentaires. Le tout sans dogme ni absolues certitudes scientifiques ou militantes. A l’image de ce qu’elles sont, les recettes sont simples, intelligentes, ludiques, respectueuses de la planète et des organismes, que l’on sportif ou non. On tourne les pages sans subir d’académisme ennuyeux. Toutes les informations sont le fruit de leurs expériences respectives à plus haut niveau. Avec, un respect de la nature et la mise en avant de produits sains. On découvre les bienfaits du jus de betterave pour les sports d’endurance ou l’art de Kombucha et même le Chaga, ce champignon comestible qui pousse sur certains bouleaux. 

Pour échapper aux produits artificiels, bricolés et sur-raffinés 

Pour ceux qui veulent se lancer dans la réalisation de ses propres barres de céréales ou gels, quelques recettes sont également disponibles. Ce gros livre (262 pages), très bien illustré est à laisser sur l’étagère de la cuisine pour y puiser de bonnes idées ; comme il est dit quelque part dans Natur’ Elles « Pour échapper aux produits artificiels, bricolés et sur raffinés ». 

Les récits de course par les trois filles sont également dignes d’intérêt car ce sont des histoires « embeded » de très beaux trails sur toute la planète. Des récits riches d’enseignements comme celui de Mimmi Kotka et sa Diagonale des Fous de 2016 qui vire au cauchemar… Éditions MONS.

 

Titre : NATURELLES

Auteur : Ida Nilsson, Mimmi Kotka, Emilie Forsberg

Prix : 29 euros

02

Un Attila de l’écriture vélocypédique… 

Olivier Haralambon est un Attila de l’écriture vélocypédique : une fois qu’il est passé, plus rien ne repousse. Après lui, comment écrire des choses pertinentes sur la petite reine ?  Ancien coureur professionnel, c’est aussi un écrivain délicat, solide, intelligent qui ne laisse plus grand-chose aux autres auteurs en matière de vélo : il a clairement tout écrit. Les sensations sur la machine, les plus infimes soient-elles, les questions du sens de l’art du pédalage, les plaisirs de cette pratique tout à fait inutile mais nécessaire…

« Il ne déchirait son corps que pour renforcer son égo»

Dans ce livre, comme dans les autres (Les coureurs imaginaires, Olivier Haralambon, éditions Premier Parallèle, 16 euros), il se sert de son expérience, de ses rencontres et de son œil aiguisé pour dresser une galerie de portraits empreints de vérité sociale (Le Reconverti) parfois totalement improbables comme celui de Jésus ou criant de vérité quand il s’empare de l’histoire de Lance Armstrong et de ses gonades : « il ne déchirait son corps que pour renforcer son égo». Nous sommes définitivement fans de cet auteur qui tient une place à part dans notre bibliothèque sportive.

Premier Parallèle éditions

Titre : LE COUREUR ET SON OMBRE

Auteur : Olivier Haralambon

Prix : 16 euros

01

Un petit livre illustré, truculent…

Le parcours d’une minette qui se met à la natation et jette un regard décalé, curieux et plein d’humour sur cette pratique et le faune très spéciale qui côtoie les bassins. Soit l’ivresse du chlore. Le best off : « le panneau le moins respecté du monde : nageurs rapides ». « Je crois que je n’ai jamais vu un maitre-nageur dans l’eau… ». Le grand livre du savoir-vivre en piscine : «on évite de tripoter les orteils du nageur devant soit, c’est passif-agressif et personne n’aime ça ». L’omerta : « on ne parle jamais des gens qui font pipi dans l’eau, ni des choses suspectent qui nagent entre deux eaux, ni des pansements en suspension. Non, de tout cela on ne parle pas, car cela n’arrive jamais ». Le dos brassé (ou la nage envahissante) : « nage complètement inventée, requiert une envergure folle inversement proportionnelle à la vitesse générée, indoubable ». Une dernière pour la route : l’orthographe exacte de pull-buoy. 

Cet excellent livre est une très bonne idée de « petit » cadeau. 

Hélium éditions.

Titre : Nager aide à vivre (et rend intelligent)

Auteur : Cathy Karsenty

Prix : 10,90 euros

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