03 / 11 / 2020

Dope & sport : tous des parangons de vertu ?

À performance extraordinaire, suspicions extraordinaires : lorsque les sportifs professionnels explosent les chronos, les records, leurs adversaires, les suspicions de dopage vont bon train. Et si on a l’impression que le dopage est la gangrène du sport de haut niveau moderne, c’est oublier qu’il est né en même temps que le sport, qu’il a été très longtemps totalement débridé, et surtout qu’il n’est pas réservé à l’élite. Le sportif du dimanche n’est pas si blanc qu’il le dit, parfois même à l’insu de son plein gré. Tout est question de curseur, et de savoir où l’on se situe dans l’éventail des pratiques border line, et, in fine, de savoir pourquoi l’on fait du sport.

La 107e édition du Tour de France s’est terminée dimanche 20 septembre, une date inédite due à la crise du Covid-19 – jamais le Tour de France ne s’était déroulé aussi tardivement dans la saison. Ceci dit, personne n’a remarqué la différence, que ce soit dans le peloton, sur le bord du parcours ou devant la télévision : il faisait aussi beau et chaud qu’au mois de juillet. Merci au changement climatique (achetez des SUV électriques, c’est bon pour la planète).

Tellement triste à regarder que certains sportifs-canapé ont zappé sur Public Sénat

Côté spectacle, là non plus pas de différence avec les années précédentes : qu’elle était ennuyante à regarder, cette épreuve verrouillée par l’équipe ultra dominante Jumbo Visma ! Certes, il y avait bien quelques escarmouches à se mettre sous la dent par-ci par-là, mais rien de bien inquiétant pour le classement général, et donc finalement pas vraiment d’enjeu. Tellement triste à regarder que j’ai entendu dire que certains sportifs-canapé avaient fini par zapper sur Public Sénat. On est tombé bien bas.

Enfin attention, énorme bémol : cet électro-encéphalogramme aussi plat que celui de Nabila a connu un pic genre Everest la veille de l’étape finale. Étape 20 : contre-la-montre individuel dans le Jura, et là il n’y a plus d’équipe qui tienne, à chacun de tracer sa route avec ses petits mollets. Et vla-t-y pas qu’un jeune Slovène que le grand public ne connaissait pas avant le départ de la Grande Boucle, compatriote du normalement futur vainqueur, dynamite l’épreuve façon le pont de la rivière Kwaï et détrône son aîné. Bim, dans sa face au pacha, dans sa face à l’équipe ultra dominante, dans sa face à la hiérarchie logique du peloton, victoire des petits, des miséreux, des besogneux sur la classe dominante, Pogacar est maillot jaune, Pogacar est gilet jaune, yahooo !

Pogacar est maillot jaune, Pogacar est gilet jaune

Abasourdissement général parmi les commentateurs sportifs (qui n’avaient absolument rien vu venir, ils sont beaux les experts), et joie non feinte des sportifs-canapé qui sont super contents que l’équipe de la gagne s’en soit pris une dans les gencives. Parce que bien sûr la domination d’équipes écrasantes sur le Tour, on n’aime pas ça : les coureurs sont super forts individuellement, ils sont super organisés, ils sont super préparés (dans tous les sens du terme), c’est indécent. Et en plus ils ne sont jamais Français. Et ça c’est peut-être encore pire. Donc cette victoire, ça sonne un peu comme une revanche. Et le peuple, les revanches, il aime ça. Surtout quand ça saigne. Du sang, il n’y en a pas encore, mais il va très vite apparaître, dès le lendemain du finish du Tour. Petit aperçu de la presse, et ne croyez pas que j’ai soigneusement sélectionné les articles sur ce thème, en fait c’est difficile de trouver un article parlant simplement de l’aspect sportif de l’épreuve :

Le Monde1 – « Un jeune vainqueur et de vieux doutes »

Le Parisien2 – Tour de France : l’entourage trouble du vainqueur Tadej Pogacar

Europe 13 – Pourquoi la performance des coureurs slovènes éveille les soupçons

20 Minutes4 – Un ancien maillot jaune soupçonne Pogacar d’être dopé

Sports.fr5 – Christophe Bassons – « La situation n’a pas changé depuis 20-25 ans »

À peu près tout le monde doute de l’honnêteté du vainqueur du Tour de France 2020

Etc., etc., etc. Donc, pour ceux qui n’auraient pas compris les allusions, à peu près tout le monde doute de l’honnêteté du vainqueur du Tour de France 2020 – s’il a gagné face à une telle machine, si jeune, sans vraiment de formation solide autour de lui, et en enfonçant tellement le clou, c’est qu’il est dopé. Pas possible autrement. À peine redescendu de son podium et sans même s’être vu claquer la bise par une midinette (exclues les hôtesses, c’est trop sexiste, et plus de bise, c’est trop dangereux, le Covid-19, rappelez-vous), Pogacar se fait descendre en flammes. Tout le monde lui roule dessus, entre autres (spécialement ?) les anciens cyclistes professionnels français. Eh oui, on le sait, bien évidemment, que les Français, eux, ils sont cleans. Leur avis est légitime. Non ?

Le sportif était-il intègre ? Les managers avaient-ils l’esprit aussi limpide que de l’Evian ?

Christophe Bassons (cycliste français pro entre 1996 et 2001, a mis fin à sa carrière suite à la mauvaise réception de ses propos concernant le dopage), par exemple, nous révèle qu’en fait, « La situation n’a pas changé depuis 20-25 ans ». Sous-entendu : malgré toutes les actions visant à supprimer, ou plutôt limiter le dopage (Christophe a travaillé à l’Agence Française de Lutte contre le Dopage, il sait un peu de quoi il parle), rien n’a changé – les entourages médicaux des coureurs ont toujours un ou deux coups d’avance, les protocoles de dopage ont évolué, les « protections » sont toujours aussi puissantes, et finalement on n’arrive à détecter que quelques cas à la marge. Mais une petite question monsieur Bassons : il y a 30 ans, ou 50, ou 2000, les choses ne se passaient-elles pas de la même manière ? Le sportif était-il intègre ? Ne mettait-il pas tous les moyens en sa possession pour tenter de prendre l’ascendant sur ses adversaires ? Les managers avaient-ils l’esprit aussi limpide que de l’Evian ? N’incitaient-ils pas leurs protégés à aller voir le Docteur Mabuse parce qu’il connait un truc pour se sentir plus alerte lors des rencontres importantes ? Un doute m’habite…

Ça, c’est de la cocaïne pour les yeux, ça c’est du chloroforme pour les gencives.

Le dopage dans le cyclisme serait apparu peu avant 1900, dans les compétitions sur piste6. Lors de son lancement en 1903 et dans ses premières années, le Tour de France n’y échappe bien évidemment pas, comme le confie en 1924 le coureur Henri Pélissier, après son abandon, au journaliste Albert Londres : « Nous souffrons du départ à l’arrivée. Voulez-vous voir comment nous marchons ? […] Ça, c’est de la cocaïne pour les yeux, ça c’est du chloroforme pour les gencives. » Dans les années 50, les amphétamines font leur apparition, et à cette époque on considère que les trois-quarts des coureurs sont dopés. Fausto Coppi, cycliste illustre s’il en est, a avoué à la télévision utiliser des amphétamines… Paul Fournel, biographe d’un certain Jacques Anquetil (vous connaissez ?), écrivait « ll [Jacques Anquetil] a même précisé que ses fesses ressemblaient à une passoire à force de piqûres d’amphétamines ». Alors effectivement, ce n’est qu’à la fin des années 60 qu’on a commencé à s’intéresser au dopage et à le juger contraire aux règles d’équité et dangereux. Donc si aujourd’hui on a tendance à se souvenir des années 90 comme des « années noires » du dopage dans pas mal de sports, c’est avoir la mémoire un peu courte.

Les fesses de Jacques Anquetil ressemblaient à une passoire à force de piqûres d’amphétamines

Mais pour préciser la notion de dopage dans le sport, il convient de revenir à la base : c’est quoi le sport ? Notre ami Larousse nous dit7 : « Ensemble des exercices physiques se présentant sous forme de jeux individuels ou collectifs, donnant généralement lieu à compétition, pratiqués en observant certaines règles précises. » De cette définition on peut retenir trois grandes idées : exercices physiques, compétition, règles. C’est ça le sport : confronter des humains à eux-mêmes ou les uns aux autres, par le prisme d’une activité physique, et en respectant des règles. Et n’en déplaise aux adeptes de la liberté débridée, les règles, c’est bien. C’est indispensable pour vivre en société, et ça l’est tout autant pour pratiquer un sport : tout comme on n’a pas le droit de voler le Time de son voisin (ça marche aussi avec un Trek, mais bon), ni de le tuer s’il écoute du rap (trop fort ou pas, peu importe, écouter du rap est criminel), on n’a pas le droit non plus de jouer à 18 contre 11 au football, de prendre des raccourcis sur un marathon, de se tenir à cinq mètres de la cible au tir à l’arc, ou d’utiliser des œufs durs au lancer d’œuf. Ces exemples ne sont ni plus ni moins que de la triche.

Reste à juger ce qui est artificiel et ce qui ne l’est pas ? Ça se complique sérieusement…

Et un cas particulier de triche est celui du dopage. Retour chez Larousse8 : le dopage est le « Fait d’administrer, d’inciter à l’usage, de faciliter l’utilisation, en vue d’une compétition sportive, de substances ou de procédés de nature à accroître artificiellement les capacités physiques d’une personne ou d’un animal ou à masquer leur emploi en vue d’un contrôle. » Se doper, c’est se rendre artificiellement plus fort qu’on ne l’est. Reste à juger ce qui est artificiel et ce qui ne l’est pas. Et là ça se complique sérieusement.

 

L’exemple le plus parlant de cette complexité est la caféine. On le sait tous, la caféine, c’est un excitant, ou plus exactement un stimulant, et c’est dans cette catégorie qu’elle a été classée par l’Agence Mondiale Anti-dopage9(AMA) dès sa création en 1999. Ses effets : stimuler le système nerveux, accroître la vigilance, retarder l’arrivée de la fatigue. Carrément bonnard dans un cadre sportif, dans toutes les disciplines ! Sauf qu’il y a, comme toujours, des effets indésirables : effet diurétique, diarrhées, accélération du rythme cardiaque, hyperglycémie, perturbation du sommeil, et… dépendance10. Alors forcément, on se dit que pour préserver la santé à long terme des sportifs, mieux vaut les empêcher de consommer des doses de mammouth de caféine. Oui, sauf que l’étendue de la consommation, y compris dans un cadre normal (trois expressos par jour) et la difficulté à obtenir des contrôles précis et justes a obligé l’AMA à déclasser la caféine en 2004. La substance reste sous surveillance, mais elle n’est plus interdite. Casse-tête…

Leurs chronos ne veulent plus rien dire ! Ce sont des chronos de nouvelle génération

Cet exemple de la caféine laisse entrevoir toute la complexité de la lutte contre le dopage : substances et procédés détournés de leur usage initial, méthodes ou substances encore inconnues du grand public mais développées dans des laboratoires de pointe, question des seuils acceptables ou non, dopage en compétition et/ou à l’entraînement… Sans compter l’apport de la technologie bien sûr – on entend de plus en plus parler de dopage matériel, mécanique ou technologique. Les récents records du monde en athlétisme, par exemple sur le 5000 mètres femmes et 10000 mètres hommes11, le montrent bien, comme l’évoque Mahiedine Mekhissi, triple médaillé olympique sur 3000 m steeple : « Leurs chronos ne veulent plus rien dire ! Ce sont des chronos de nouvelle génération, comme si l’athlétisme avait débuté il y a deux ou trois ans, avec les lames de carbone dans les chaussures. C’est flagrant12. »

 

Mais au-delà de ces cas de triche avérés ou juste supposés, et de ces écarts technologiques au règlement, revenons à l’essence même du dopage et de la triche en général, qui est de favoriser artificiellement un athlète au détriment de ses adversaires. « Artificiellement », c’est bien le centre de la question. Mais qu’est-ce qui est vraiment artificiel, et qu’est-ce qui est vraiment naturel ? Prendre de l’EPO ou des amphétamines, ok, c’est artificiel et c’est pas bien. Mais… Pousser des tonnes de fonte dans un sous-sol mal éclairé en vue d’accroître sa capacité musculaire est-il naturel ? Passer les mois d’hiver en altitude au soleil alors qu’on est un cycliste français est-il naturel ? Se faire masser une heure par jour pour favoriser la cicatrisation des fibres est-il naturel ? Suivre un régime alimentaire spécial pour optimiser sa prise de masse musculaire est-il naturel ? Utiliser l’électrostimulation pour mieux récupérer d’un entraînement est-il naturel ? S’offrir des séances de cryothérapie lors de phases de charge est-il naturel ? Etc., etc., etc. Oui, je sais, je pousse le bouchon un peu loin, mais c’est souvent comme ça que l’on se rend compte de l’absurdité de certaines situations.

Le sport n’est pas égalitaire, au contraire il est basé sur les différences entre les humains

Et en parallèle de cet aspect artificiel/naturel, navigue également l’aspect égalitaire. Car finalement, à la base, la lutte contre le dopage, c’est la lutte pour une égalité des chances au départ de l’épreuve. Mais d’égalité, il n’y a point. Le sport n’est pas égalitaire, au contraire il est basé sur les différences entre les humains, différences physiques et psychologiques de base, dues au parcours de vie, et dues à l’entraînement. Nous naissons chacun avec un patrimoine génétique différent. Et par la suite, nous exprimons une plus ou moins grand part de ce patrimoine en fonction de notre évolution et de la manière dont nous traitons notre corps : à coup de McDo, chips et bières, ou d’eau, de légumes bios et morceaux de viande parcimonieux ; à coup de journées avachi sur un canapé devant Netflix, ou juché sur une selle sur les petites routes de campagne. Bon, je caricature un peu – on peut faire des heures de selle et être abonné à Netflix (mais on ne devrait pas, Netflix c’est comme le rap). Alors voilà, pour résumer cette pensée qui s’évade : on ne nait pas du tout égaux, et notre cheminement dans la vie creuse encore les écarts initiaux. Alors vouloir qu’au départ d’une épreuve, tout le monde ait les mêmes chances de gagner, c’est un peu comme vouloir que tous les jeunes aient le bac, ou faire croire que n’importe qui peut s’élever à n’importe quel niveau social, quel que soit son point de départ. C’est juste une bonne blague.

Nous venons, mine de rien, de glisser de l’élite mondiale du cyclisme à toi et moi…

Bon, ok, le sport est inégalitaire par essence, et supprimer la triche et en particulier le dopage est extrêmement compliqué, et n’a quasi pas de sens au regard de l’évolution de nos pratiques, de nos corps, du matériel, des conditions dans lesquelles nous pratiquons. Et arrivé là, on pourrait se dire « ouais, et alors ? » Et alors, cher (patient) lecteur, nous venons mine de rien de glisser de l’élite mondiale du cyclisme à toi et moi (ok, si tu es Pogacar, ça ne marche pas, mais ça m’étonnerait qu’il sache lire le français), de parfaits ploucs juste capables de boucler des sorties de 180 bornes à 20 de moyenne si ça ne grimpe pas trop. Oui, toi et moi nous courons, pédalons, nageons en parfaits amateurs (passionnés, mais amateurs), et nous participons chaque année à quelques compétitions sportives – oui, je sais, cette phrase n’a plus aucun sens en 2020, RIP les compétitions sportives. Toute l’année nous nous entraînons avec en ligne de mire un ou deux objectifs majeurs et quelques rendez-vous intermédiaires. Et nous aussi, nous nous accommodons des règles, plus ou moins.

C’est artificiel, c’est illégal, c’est interdit, et c’est dangereux. Bingo, carton plein !

Le grand classique : le petit coup de pouce plus ou moins médicamenteux le jour J : un peu d’anti-inflammatoires pour faire tenir le genou jusqu’à l’arrivée, d’anti-douleurs pour ne pas trop morfler, etc. On se rappelle notamment ce sachet retrouvé au sol après le passage des trailers, au départ de la Trace des Ducs de Savoie (Courmayeur) en 201413 : non seulement les médicaments contenus dans le sac plastique perdu par un trailer étaient pour certains sur la liste des produits dopants, mais en plus ils étaient potentiellement très dangereux, notamment par effet cocktail. Patrick Basset, Directeur Médical de la course, réagissait alors : « Médicaments pour traiter les inflammations et douleurs, c’est le pire des cocktails qui risque de mettre le coureur en insuffisance rénale aiguë. En fonction des quantités prise, il peut y avoir danger de mort. » C’est artificiel, c’est illégal, c’est interdit, et c’est dangereux. Bingo, carton plein !

Le médecin m’emballe les genoux dans du film alimentaire, façon rôti de veau aux olives à Top Chef.

Personnellement, ma « jauge d’artificialité » est assez basse. Une petite anecdote : en 2006, j’ai participé au Raid Montpellier-Valencia, une course à pied de 500 km en 8 étapes sur 8 jours qui n’existe plus aujourd’hui. C’était génial : tu courais en semi-autonomie sur des terrains ultra variés en suivant de petites marques orange, le soir tu mangeais et picolais comme un Gérard Depardieu après une semaine de jeûne, et le lendemain tu remettais ça, le tout dans une ambiance colonie de vacances. Un excellent souvenir, sauf que le troisième jour, euphorisé par un bon classement, j’ai lâché les chevaux sur un terrain joueur. Et dès le lendemain je l’ai payé, avec de fortes douleurs aux genoux. Je n’ai pas lâché l’affaire, mais les douleurs se sont amplifiées, jusqu’à ce que le médecin de course me file quelques médocs et m’emballe les genoux dans du film alimentaire avec de la pommade anti-inflammatoire, façon rôti de veau aux olives à Top Chef. J’ai serré les dents parce que ça n’était pas miraculeux non plus, mais j’ai terminé la course. Et depuis, j’y repense régulièrement. Oui j’ai terminé, mais sans les médocs, que se serait-il passé ? Ça me reste un peu en travers de la gorge.

Mais bordel, pourquoi est-ce qu’on fait du sport

Et des médicaments sur les courses, on en voit partout, à tous les niveaux, peut-être même davantage chez le sportif très amateur14. On en discute sur les forums, de manière décomplexée, sans se cacher. C’est admis. Et de la même manière, je regarde d’un œil très critique toutes ces méthodes high tech te permettant de « mieux vivre ta pratique sportive » : stimulateurs électriques, manchons dépressurisés, simulateurs d’altitude, chambres de cryothérapie, et pourquoi pas, même, ces chaussures qui te gomment les aspérités du terrain ou qui te font bondir comme un jaguar, ces montres qui te disent quand accélérer ou te reposer, ces vêtements de compression qui favorisent le retour veineux… Mais bordel, pourquoi est-ce qu’on fait du sport ? Pourquoi est-ce qu’on se lance dans ces défis à la con dont on sait qu’on va ressortir en ressemblant à Andy Bowen et Jack Burke à la fin de leur combat15 ?

Les médicaments sur les courses, on en voit partout, à tous les niveaux

Le sport outdoor, c’est se confronter à ses propres limites, physiques et mentales, au travers d’une activité se déroulant en pleine nature. Dans l’acception « sport outdoor » il y a la sueur, il y a le sang, il y a les larmes. Si c’était facile, nous ne le ferions pas. Alors pourquoi vouloir rendre les choses plus faciles en s’accommodant des règles, voire en trichant ? N’y a-t-il pas un paradoxe pire que celui du chat de Schrödinger ? Tricher pour gagner ces trente foutues places qui feront de vous le 978e au lieu du 1008e ? Pour pouvoir dire à la fin « J’ai bien géré, je ne suis pas cassé » ? Pour vous rassurer ? Ou peut-être pour réussir quelque chose d’un peu trop grand pour vous ?

 

« Pourquoi ? », quand on en revient aux sportifs de haut niveau, la question elle est vite répondue16 : pour gagner. Pour le pognon, pour la gloire, pour grimper les échelons, pour être le meilleur, celui dont on se souviendra. Mais pour toi, pour moi, pour nous, les poireaux17 ? Pourquoi ?

7,59 milliards de personnes n’ont jamais terminé l’UTMB

Il n’y a pas de réponse, ou plutôt il y a mille réponses à cette question. Mais ces réponses sont toutes mauvaises. Il n’y a pas de bonne justification à la triche, fut-ce pour réparer une injustice. Alors cher camarade poireau, poses-toi la question, pourquoi fais-tu du sport outdoor ? Pourquoi t’inscris-tu à des compétitions ? Et si cette course te semble si insurmontable qu’il te faudra recourir à un petit coup de pouce, peut-être peut-elle patienter un an ou deux, le temps que tu aies grimpé de niveau ? Et si toutefois tu n’étais jamais en capacité de la faire, sache que personne ne t’en voudra – après tout, il doit y avoir à peu près 7,59 milliards de personnes qui n’ont jamais terminé l’UTMB, alors…

 

Par Emmanuel Lamarle


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